Gerardo, ancien arnaqueur professionnel, vit aujourd’hui paisiblement avec sa femme Elena. Un jour, un homme sonne à sa porte pour tenter de l’escroquer. Or, fort de son expérience de voyou, Gerardo démasque l’imposteur et commence à lui raconter l’époque où il élaborait lui-même d’audacieuses combines.

En 1960, Dino Risi fait tourner pour la première fois devant sa caméra Vittorio Gassman, acteur ayant déjà derrière lui une longue carrière théâtrale (dans la compagnie de Luchino Visconti notamment), qui commence à exploser au cinéma dans des rôles principaux après les succès du Pigeon et de La Grande guerre. L’Homme aux cent visages marque ainsi la naissance de ce qui deviendra l’une des collaborations les plus prolifiques du cinéma italien puisque les deux hommes tourneront au final pas moins de 15 films ensemble.

L'Homme aux cent visages - Gassman vieux
© 1960 SURF FILM

Comme son titre français l’indique, L’Homme aux cent visages est avant tout l’occasion pour Gassman de prouver l’étendue de ses talents de transformiste à travers une palette allant d’un toréador espagnol à Greta Garbo, en passant par Hitler. Pourtant, à l’inverse du canevas classique des comédies à sketchs, où les numéros s’enchainent dans de courts segments indépendants les uns des autres, les performances de Gassman s’inscrivent ici dans une continuité, en étant reliées par une toile narrative de fond. Cette structure permet au film de contourner l’effet de lassitude, parfois indigeste, que l’on peut ressentir face à un alignement de sketchs (aussi bons soient-ils), en faisant suivre au spectateur des intrigues secondaires. Nous découvrons par exemple en filigrane la rencontre de Gerardo et sa femme, et comment celle-ci est parvenue à accepter ses activités clandestines. Cependant, cette bonne idée est par moments trop peu exploitée et les transitions entre deux segments se retrouvent justifiées par une simple voix-off qui n’est présente que pour passer les plats.

L'Homme aux cent visages - Gassman blouson de cuir
© 1960 SURF FILM

En ce qui concerne les sketchs en eux-mêmes, le pari est plus que tenu. Au-delà des transformations de Gassman, qui se montre comme toujours très drôle sans trop en faire, le film déploie une grande inventivité en proposant de nombreuses variations sur le thème de l’arnaque (pourtant usé jusqu’à la corde). Rien de surprenant à cela, puisqu’on retrouve au scénario les grands noms de la comédie italienne : les duos Scola/Maccari et Age/Scarpelli, accompagnés de Sandro Continenza. L’Homme aux cent visages présente ainsi une grande diversité de situations mais aussi d’environnements, rendant le tout constamment nouveau et distrayant. Dino Risi a d’ailleurs bien compris cette dimension dépaysante et à travers sa réalisation, qui peut paraître discrète dans l’ensemble, offre à ses acteurs tout l’espace nécessaire pour développer leur jeu.

Par son inventivité, sa drôlerie et son dynamisme, L’Homme aux cent visages s’impose comme une bonne comédie italienne. Toutefois, on peut regretter l’absence d’un sous-texte critique vis-à-vis de la société ou de son personnage (comme on pouvait en trouver justement dans Le Pigeon ou La Grande guerre) qui l’aurait fait passer du statut de comédie divertissante à celui de grande comédie.

L’Homme aux cent visages de Dino Risi, 1960, avec Vittorio Gassman, Anna Maria Ferrero, Dorian Gray

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