David Locke, reporter britannique désabusé, venu tourner un documentaire en Afrique, découvre son voisin de chambre d’hôtel, un dénommé Robertson, mort sur son lit. Au lieu de signaler le décès, il choisit d’échanger son identité avec celle de la victime, espérant ainsi retrouver un quelconque intérêt pour le monde qui l’entoure. Or, très vite, David va être rattrapé par les activités clandestines de Robertson.

Après avoir filmé la révolution culturelle maoïste et son impact sur la société chinoise, Michelangelo Antonioni revient à la fiction en 1975 avec Profession : reporter, sans toutefois se départir d’une certaine esthétique documentaire. En effet, renouant avec les thématiques qu’il avait traité précédemment dans Blow-Up puis Zabriskie point, il dresse une nouvelle fois le portrait d’un homme désabusé, cherchant à fuir le monde qui l’entoure, mais choisit de le filmer avec distance et objectivité pour ne pas influencer l’interprétation du spectateur.

Profession reporter - Nicholson

Dans le cas de Locke, le mal être semble venir du fait que celui-ci a trop vécu, ou du moins vu trop de choses qui lui ont fait perdre foi en ses idéaux et en la société de manière plus générale. Son métier de journaliste y est évidemment pour beaucoup, d’autant plus lorsque l’on découvre que ses reportages ont pour sujet les guérillas en Afrique, alimentées par les trafiquants d’armes occidentaux. Ainsi, là où un autre homme sur la planète pourrait mener sa vie en fermant les yeux sur ces horreurs, lui est contraint de vivre avec au quotidien, se retrouvant d’autant plus dans la position insoutenable du spectateur impuissant.

C’est pourquoi, lorsque l’occasion se présente, il en profite pour renaitre à travers l’identité de Robertson (le blanc symbolisant ce renouveau). Plus particulièrement, c’est en se réappropriant ce qu’il croit être les idéaux de ce dernier qu’il espère trouver un regard neuf à porter sur le monde. Pourtant, face au désespoir de Locke, Antonioni maintient sa réalisation objective sans chercher à créer une empathie pour le personnage. Il se contente de filmer, avec une élégante neutralité, les événements comme ils se présentent, laissant au spectateur le soin de juger de la moralité et de l’utilité d’une telle fuite en avant.

Profession reporter - Nicholson, Schneider © Park Circus
© Park Circus

Malheureusement, une fois l’échange effectué, le film s’enlise dans une lente course-poursuite, alors que le passé de Locke le rattrape et qu’il découvre que Robertson n’est pas celui qu’il pensait. Bien que ne dénotant pas en termes d’esthétique ou de rythme avec le début du film, cette seconde partie (certes nécessaire pour amener le dénouement final) ne participe que superficiellement à l’élaboration de la réflexion de son auteur sur la crise identitaire, relevant plutôt du champ de la péripétie factuelle. Qui plus est, du fait de la distance imposée par le réalisateur entre le spectateur et l’action, ces scènes se retrouvent volontairement dénuées de tension mais nous laissent par la même occasion sur le bord de la route.

Profession reporter - Schneider

Ainsi, à travers le prisme du drame identitaire, Profession : reporter interroge la place de l’individu dans la société, se demandant si tous les hommes vivent leur réalité de la même manière et s’ils sont égaux dans leur capacité à influencer celle-ci. Une jolie réflexion existentielle qui ne trouvera sa conclusion que dans la pudeur délicate d’une chambre d’hôtel andalouse.

Profession : reporter de Michelangelo Antonioni, 1975, avec Jack Nicholson, Maria Schneider

Ressortie le 26 juillet 2017

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