Salvatore et Romolo, amis d’enfance dragueurs et insouciants, sont enfin prêts à s’engager dans une relation amoureuse sérieuse et à épouser Anna Maria et Marisa, leurs fiancées. Mais avant cela, les deux garçons vont devoir trouver un travail si ils veulent pouvoir subvenir aux besoins de leur future famille.

Second volet d’une trilogie amorcée en 1956 avec Pauvres mais beaux et conclue en 1959 par Pauvres millionnaires, Belles mais pauvres fait partie de ce courant de films souvent qualifiés péjorativement de « néoréalistes roses ». Courant qui, dans la veine du néoréalisme des années 40, s’attache à faire la critique des dérives de la société contemporaine, en enrobant toutefois celle-ci d’une histoire plus drôle et légère, bien loin de la dureté émotionnelle de Païsa ou encore Allemagne année zéro.

Belles mais pauvres 2
© Les Films Du Camélia

Il est vrai que de prime abord, le film se présente comme une simple comédie sur le thème du badinage amoureux, alors que Romolo et Salvatore, bien qu’épris de leurs fiancées, virevoltent de fille en fille, en proie à un penchant tout adolescent pour le donjuanisme. Or, quand bien même nous ne devrions le juger qu’à travers le prisme de son registre, Belles mais pauvres s’impose tout naturellement comme une très bonne comédie, à la fois drôle et bien interprétée. Il faut dire qu’en tant que suite, le scénario ne perd pas de temps à installer ses personnages, préférant nous plonger immédiatement dans les péripéties de ce quatuor, qui s’enchaineront énergiquement par la suite sans rupture de rythme ou de ton. (Précisons tout de même qu’il n’est pas nécessaire d’avoir vu Pauvres mais beaux pour comprendre ce deuxième épisode)

Par ailleurs, à mesure que les intrigues amoureuses progressent, Dino Risi intègre au récit de nouvelles thématiques qui, tout en étant cohérentes avec l’avancée de celui-ci, lui permettent de véhiculer un point de vue sur la société. En effet, tandis que les héros souhaitent se marier, ils se retrouvent confrontés au fait qu’ils n’ont pas de revenus et doivent donc apprendre un métier. Or, alors que Romolo réussit sa formation de réparateur de radios haut la main, celui-ci se retrouve une nouvelle fois dans une impasse, étant donné qu’il n’a pas assez d’argent pour pouvoir ouvrir son propre commerce. Ainsi, à travers l’histoire de ce personnage, Risi fait la critique d’un marché du travail au sein duquel les jeunes ont de plus en plus de mal à s’intégrer (qui plus est lorsque ceux-ci n’ont pas fait d’études), situation paradoxale à l’heure du miracle économique italien.

Belles mais pauvres 3
© Les Films Du Camélia

Mais par-delà cet état du marché de l’emploi, le réalisateur dénonce de manière plus générale une société où la reproduction sociale reste très forte et où l’écart entre riches et pauvres tend à s’accroitre. De ce fait, à moins d’épouser un homme riche comme le fera Giovanna, il semble difficile, si ce n’est impossible, de s’élever socialement. Et quand bien même Romolo témoigne de la meilleure volonté pour améliorer sa condition, son origine modeste le suit constamment, personnifiée par son entourage. C’est d’ailleurs là toute la finesse de Dino Risi qui, plutôt que d’accuser catégoriquement cette structure sociétale, nous montre également des personnages se complaisant dans leur médiocrité, portant préjudice aux travailleurs, à l’image du père de Romolo ou même de Salvatore. De cette façon, le réalisateur nuance son propos, tout en le rendant par la même occasion plus authentique.

C’est pourquoi, en dépit du scepticisme de certains, Belles mais pauvres n’en reste pas moins, malgré son registre comique, une œuvre à caractère politique, dans la droite lignée des grands films néoréalistes.

Belles mais pauvres de Dino Risi, 1957, avec Marisa Allasio, Maurizio Arena, Renato Salvatori

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