Dans la petite ville de Rimini, la vie s’écoule paisiblement au rythme des saisons. C’est là que vivent Titta et ses amis, passant leurs journées à faire les 400 coups, quand ils ne rêvent pas aux filles et à l’amour.

L’année suivant la sortie de Fellini Roma, Federico Fellini réalise Amarcord, apportant la seconde moitié à ce qui pourrait être considéré comme le diptyque de sa jeunesse. Après avoir déclaré son amour à la Ville éternelle, qu’il découvrit alors qu’il n’avait que 19 ans, le cinéaste remonte encore le cours de son passé, jusqu’à retourner à l’époque où il n’était qu’un jeune adolescent dans la petite ville de Rimini. À travers l’évocation de ses souvenirs d’enfance (« amarcord » signifiant « je me souviens » en dialecte romagnol), le Maestro nous raconte alors une partie de sa vie dont il parle habituellement peu, la transformant, par la magie de sa mise en scène, en un nouveau continent de l’univers fellinien, une terre vierge qu’il va pouvoir explorer, fantasmer et réinventer au gré des errances de son imagination.

Amarcord - Mussolini © 1973 Janus Films:Criterion
© 1973 Janus Films/Criterion

Loin de tout souci d’exactitude ou de vraisemblance, Fellini cherche avant tout à retranscrire l’état d’esprit qui l’animait durant sa jeunesse, privilégiant, en grand rêveur fantaisiste, une approche empirique du souvenir plutôt qu’une reconstitution rigoureuse. C’est pourquoi, tout comme dans Roma, il choisit de nous montrer une suite de situations indépendantes, ayant pour seule continuité narrative le passage d’une saison à une autre, mais desquels se dégagent au final un même sentiment d’insouciance et d’innocence (à l’exception de la scène de torture du père par les policiers fascistes). Ainsi, de la gaîté populaire de la fête du printemps à l’inauguration du paquebot Rex, en passant par les bancs de l’école et les fauteuils de la salle du cinéma de quartier, nous voyageons, portés par le souffle du vent maritime, au rythme de Titta et ses amis qui, d’expérience en expérience, s’éveillent aux mystères du sexe et de l’amour.

Amarcord - bande de garçons

En effet, s’il est bien une obsession récurrente dans l’esprit de ces garçons de 15 ans, c’est celle pour le deuxième sexe, monde à la fois si proche et si insaisissable. Qu’importe leur âge, leurs formes ou leurs manières, que ce soit la Volpina, prostituée nymphomane aguichant les ouvriers, ou la buraliste aux formes plus que généreuses, ils souhaitent tout découvrir de ces femmes qui alimentent leurs fantasmes et hantent leurs rêves. La fascination qu’exerce la gent féminine sur eux est si forte qu’ils érigent inconsciemment certaines d’entre elles au rang de créatures mythologiques, telle la Gradisca, suprême incarnation du désir dans sa robe de velours rouge. Il ne serait d’ailleurs pas insensé de voir cette dernière comme l’Eve de l’imaginaire fellinien ou plutôt, pour rester en dehors de toute référence religieuse, comme l’entité originelle de toutes les femmes peuplant ses films. Cette interprétation symbolique du personnage n’est toutefois qu’une illustration parmi d’autres du rapport subtil, voire paradoxal, qui unit Amarcord au reste de l’oeuvre du cinéaste.

Amarcord - oncle fou © 1973 Janus Films:Criterion
© 1973 Janus Films/Criterion

Alors que, comme le dit lui-même Fellini, toutes ses réalisations sont autobiographiques, Amarcord devrait, par son sujet, s’imposer comme l’origine de celles-ci, devenant en quelque sorte la genèse fictionnelle de la filmographie du Maestro. Or, et c’est là tout le paradoxe, ce film semble si bien s’inscrire dans la continuité de cette œuvre, en en reprenant thèmes et archétypes, que l’on pourrait tout autant y voir la droite prolongation de celle-ci. Telle la sempiternelle histoire de l’oeuf et de la poule, il est finalement impossible de dire si cette bande de cancres insouciants préfigure les Vitelloni ou l’inverse, ou encore si ce motard roulant à toute allure sort ou s’apprête à entrer dans les rues désertes de Roma.

Quoiqu’il en soit, si une chose est bien certaine, c’est qu’Amarcord reste encore aujourd’hui l’un des plus beaux films de Fellini, une œuvre remplie de tendresse et de nostalgie à ranger aux côtés de La Dolce Vita et de Huit et demi.

Amarcord de Federico Fellini, 1973, avec Bruno Zanin, Magali Noël, Pupella Maggio

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