Mario, jeune ouvrier italien sans le sou, part en Allemagne où il espère trouver du travail. Arrivé à Hanovre, il rencontre Totonno, un compatriote romain, qui le prend à son service et en fait un magliaro, c’est-à-dire un vendeur de tapis à la sauvette vivant de petites escroqueries.

Deuxième réalisation individuelle de Francesco Rosi, Profession Magliari s’inscrit dans la continuité de son film précédent, Le Défi, passant de la camorra napolitaine aux petits escrocs italiens immigrés en Allemagne. Il continue ainsi à poser les bases de ce que sera son cinéma par la suite, un cinéma engagé et politique, dénonçant courageusement les vicissitudes de la société italienne telles la spéculation immobilière (Main basse sur la ville) ou la mafia (Lucky Luciano).

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© Les Films du Camélia

Bien que se reposant encore un peu trop par moments sur le scénario du film noir, dont il reprend également l’esthétique avec des éclairages en clair-obscur, on sent dans Profession Magliari la volonté du réalisateur de parler concrètement des problèmes de l’Italie post Seconde Guerre Mondiale, se rapprochant, dans l’intention, des films néoréalistes. L’itinéraire suivi par Mario, Totonno et leurs compagnons se veut être le reflet du phénomène de forte immigration qui touche alors le pays. En effet, par manque d’opportunité de travail, de nombreux italiens, principalement issus de classes sociales pauvres et n’ayant pas fait d’études, choisissent de quitter leur terre et de partir à l’étranger où, pour peu qu’ils soient débrouillards, ils sauront s’assurer un revenu convenable, légalement ou non. De plus, à travers le personnage de Paula, jeune allemande partie en Toscane trouver un emploi avant de devenir prostituée et d’épouser un riche industriel, Rosi dresse un parallèle entre la situation de l’Italie et celle de l’Allemagne, toutes deux tentant de se relever après la guerre et le fascisme.

Ces fortes vagues d’immigrations conduisirent à la formation d’importantes communautés italiennes dans des pays alors en pleine expansion ou reconstruction, aussi bien en Allemagne qu’en France, aux Etats-Unis ou encore au Brésil. Cet aspect communautaire est d’ailleurs très présent dans le film de Rosi qui, bien plus à l’aise que dans la construction d’un suspense, prend plaisir à nous montrer ces magliari partager un plat de pâtes où s’écharper dans une farandole de patois régionaux. Bien aidé en cela par la fougue d’Alberto Sordi qui, à l’inverse de Renato Salvatori toujours cantonné au rôle du jeune premier naïf, joue ici un personnage d’escroc calculateur assez éloigné de ses compositions habituelles, bien que des espaces lui soit ménagés afin qu’il puisse laisser exploser sa folie (quitte à en faire parfois trop).

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© Les Films du Camélia

C’est finalement le portrait d’une classe sociale défavorisée, que le miracle économique italien n’a fait qu’appauvrir davantage, que dresse ici Rosi. Sans chercher à excuser leurs activités, il nous montre avec empathie, voire même tendresse, comment ces hommes et ces femmes ont lutté pour pouvoir se sortir de la misère et obtenir une vie plus confortable, que ce soit grâce à leur tchatche ou à leur physique. Une vie qu’à présent ils ne laisseraient pour rien au monde, quand bien même celle-ci ne les satisferait pas totalement.

En dépit de sa forme encore assez classique, Profession Magliari, du fait de l’importance donnée aux problématiques du travail et de l’immigration, marque la fin d’une première période dans la carrière du réalisateur. Après plusieurs années de rodage où il découvrit son métier tout d’abord comme assistant de Luchino Visconti et Luciano Emmer puis en réalisant ses premiers films, Francesco Rosi semble avoir acquis l’expérience nécessaire pour pouvoir se lancer dans un cinéma ouvertement politique qu’il mettra en place deux ans plus tard avec Salvatore Giuliano.

Profession Magliari de Francesco Rosi, 1959, avec Alberto Sordi, Renato Salvatori, Belinda Lee

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