Mina est italienne, Jude américain. Ils s’aiment et vivent paisiblement à New York jusqu’au jour où Mina tombe enceinte. La peur de l’accouchement et de la maternité vont progressivement la faire sombrer dans la folie, mettant en danger la vie de son enfant, sous les yeux impuissants de Jude.

Après La Solitude des nombres premiers, histoire d’amour décomposée et fortement influencée par les gialli italiens, Saverio Costanzo réalise une nouvelle fois une œuvre marquée dans son esthétique et sa mise en scène, revisitant avec Hungry hearts le genre du thriller psychologique, auquel il insuffle une dimension banale et quotidienne, donnant à son film un caractère d’autant plus dérangeant.

Hungry hearts - Rohrwacher

En effet, les craintes qui assaillent Mina vis-à-vis de l’accouchement, de la douleur ou de la césarienne sont celles partagées par toutes les femmes enceintes et ne semblent rien avoir d’inhabituel. Or, c’est justement lorsque tout semble normal que se développe, à l’insu de tous, l’étrange et l’imprévu ; de simples peurs grandissant jusqu’à devenir des obsessions puis des névroses. Projetant ses traumatismes sur son enfant, Mina se persuade qu’elle peut l’élever sans assistance, en suivant simplement son instinct maternel, sans se rendre compte qu’elle met sa vie en danger en le privant de soleil, de viande et de médicaments. De ce climat d’omniprésence maternelle nait donc un sentiment de claustrophobie qui s’empare progressivement du spectateur, alors même que, paradoxalement, les personnages restent libres de leurs allées et venues, à l’intérieur comme à l’extérieur de l’appartement.

C’est là toute la maitrise du réalisateur qui parvient à créer l’étouffement non pas grâce aux ressorts spatiaux habituels, mais en jouant sur une oppression psychologique constante. Cette dernière étant d’ailleurs tellement forte que la paranoïa se propage perfidement à tous les personnages, à commencer par Jude, obligé d’élaborer des stratagèmes pour pouvoir nourrir son fils sans que sa femme s’en aperçoive. L’installation d’une telle atmosphère d’instabilité repose également en grande partie sur la mise en scène de Costanzo qui instille une inquiétante étrangeté dans le quotidien du couple, par petites touches disséminées tout au long du film. Ainsi, une simple plongée un peu trop marquée ou un panoramique au mouvement inattendu suffisent pour que le malaise nous gagne dans des situations qui ne devraient pourtant pas avoir lieu de nous préoccuper.

Hungry hearts - Rohrwacher, bébé

Mais, tout en exprimant sur le registre de l’angoisse les craintes qu’éprouvent les parents pour leurs enfants, Hungry hearts raconte aussi comment la maternité vient bouleverser l’équilibre d’un couple et d’une vie. En effet, ce n’est pas tant la folie qui détruit la relation entre Jude et Mina que les désaccords récurrents qu’ils rencontrent au sujet de l’éducation de leur enfant. L’amour qu’ils éprouvent l’un pour l’autre, bien que toujours présents, se trouvant relégué au second plan de leurs priorités par les obligations nouvelles qui font irruption dans leur vie, au risque de ne jamais refaire surface. C’est pourquoi, incapables de mener de front ces deux combats, ils assistent impuissants au délitement progressif de leur mariage.

Finalement, bien plus qu’une lente plongée dans la folie, c’est la peinture d’un couple en crise que cherche à nous présenter Saverio Costanzo. Un drame du quotidien interprété par une Alba Rohrwacher et un Adam Driver (tous deux récompensés par une Coupe Volpi à Venise), tout en justesse et en fragilité, qui par leur aspect « monsieur et madame tout le monde » contribuent à rendre cette histoire d’autant plus ordinaire et universelle.

Hungry hearts de Saviero Costanzo, 2014, avec Alba Rohrwacher, Adam Driver, Roberta Maxwell

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