Enzo est un petit voleur, vivant reclus chez lui dans la banlieue romaine. Après une course-poursuite avec la police, il se jette dans le Tibre et entre en contact avec des produits radioactifs qui lui procurent des super-pouvoirs. Suite à sa rencontre avec Alessia, qui voit en lui le super-héros du manga Jeeg Robot, Enzo va devoir choisir entre utiliser ses dons pour faire le mal ou se mettre au service de la communauté et lutter contre la folie destructrice de Zingaro.

Pour son premier long-métrage, Gabriele Mainetti s’aventure avec audace dans un genre pourtant estampillé américain jusqu’au bout des ongles, devenu depuis une dizaine d’années, pour le meilleur et pour le pire, l’étendard de l’industrie hollywoodienne : le film de super-héros. Or, loin des blockbusters traditionnels, se contentant, pour la plupart, de répéter sans relâche la même formule afin de récolter des milliards au box-office, On l’appelle Jeeg Robot est bien moins un film d’action qu’un film politique amenant entre autres le spectateur à réfléchir à la nature des images qui saturent aujourd’hui notre quotidien. Mainetti renoue ainsi avec la grande tradition de l’âge d’or du cinéma italien où, qu’importe le genre, réalisateurs et scénaristes s’évertuaient à dénoncer les dérives de la société tout en divertissant le public.

On l'appelle Jeeg Robot - Enzo, radiateur

En effet, bien qu’opérant dans le registre fantastique, la volonté du réalisateur est avant tout de faire un film en prise directe avec la réalité italienne contemporaine, à l’instar de la représentation qui y est faite d’une Rome victime d’attentats à la bombe, dont les auteurs ne seront jamais identifiés, laissant planer le doute sur la responsabilité de la mafia et des ligues extrémistes. C’est dans ce contexte de terreur que se pose le choix d’Enzo quant à l’usage de ses pouvoirs et à travers cette interrogation sur les devoirs incombant à la figure du super-héros, c’est finalement la responsabilité civile de tout un chacun qui est désignée, chaque homme s’étant déjà retrouvé en position de force dans une situation donnée. Ainsi, que le pouvoir soit d’ordre économique, psychologique ou encore culturel, il appartient à chaque individu, que celui-ci soit un super-héros ou non, de choisir entre son intérêt personnel et le bien-être collectif.

On l'appelle Jeeg Robot - Enzo, Ale

Dans une société où chacun serait conscient de sa propre responsabilité, le super-héros n’aurait donc qu’un rôle préventif à jouer, n’intervenant qu’en cas de force majeure. Or, cette stabilité collective est loin de pouvoir être atteinte, à l’heure des nouvelles technologies et de Youtube, où les médias ne font que renforcer le climat de haine et de crainte. La télévision est ici visée en premier lieu, diffusant en boucle les enregistrements du cambriolage d’Enzo sur les chaines d’information mais ne montrant aucune image de ses actes héroïques. Qui plus est, celle-ci est aussi critiquée pour la glorification de la culture du vide qu’elle met en place, faisant miroiter célébrité et pouvoir à une audience ne bénéficiant d’aucun recul critique, tel Zingaro, ancienne star de l’émission Buona Domenica, prêt à tout pour attirer à nouveau sur lui la lumière des projecteurs, y compris à faire exploser une bombe durant un match de football.

Toutefois, une telle médiatisation de la violence ne s’est pas mise en place d’elle-même et repose sur une demande forte émise par le public pour ce type de contenu, comme s’attache à le démontrer le réalisateur, renvoyant une nouvelle fois à l’idée de la responsabilité individuelle dans le bien-être collectif. Ainsi, alors que les images d’un cambriolage font des millions de vues sur Youtube, lorsque Enzo sauve une fillette d’une voiture enflammée, personne ne sort son portable pour filmer et partager cet acte de bravoure qui aurait, à coup sûr, présenté bien plus d’intérêt s’il s’était soldé par une fin tragique.

On l'appelle Jeeg Robot - Zingaro

Finalement, par ses multiples niveaux d’interprétation et pistes de réflexion, On l’appelle Jeeg Robot s’impose comme l’antithèse du film de super-héros tel qu’on nous y a habitué. Si les scènes d’action ne se montrent pas transcendantes visuellement, la lecture politique du film s’avère complexe et profonde, bien loin de la consensualité des blockbusters hollywoodiens.

On l’appelle Jeeg Robot de Gabriele Mainetti, 2015, avec Claudio Santamaria, Luca Marinelli, Ilenia Pastorelli

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