Sur la petite île de Salina, en mer Méditerranée, Mario Ruoppolo, un jeune homme presque illettré, décide d’arrêter son activité de pêcheur aux côtés de son père pour devenir facteur. Il commence alors à délivrer son courrier au poète chilien Pablo Neruda, en exil sur l’île. Entre les deux hommes va se nouer une relation d’amitié grâce à laquelle Mario découvrira la beauté des mots et de la poésie.

Grand succès de l’année 1994 en Italie et à l’international, Le Facteur reste malheureusement connu aujourd’hui pour être le dernier rôle de Massimo Troisi, étoile montante du cinéma italien des années 80, qui décédera d’une crise cardiaque le lendemain du dernier jour de tournage. Celui qui fut co-réalisateur, co-scénariste et surtout l’inoubliable interprète du timide facteur Mario Ruoppolo signe avec ce film, où flotte déjà un étrange sentiment de vide, le plus bel adieu qui soit pour un artiste, une ode à la liberté d’expression et à la beauté du monde.

Le Facteur - Troisi, Noiret

Pour les habitants de cette petite île où a grandi Mario, dans un village de pêcheurs coincé dans le creux d’une vallée, l’arrivée du célèbre poète chilien prend des allures d’apparition messianique, telle la lumière venant raviver un quotidien morose où les journées se suivent et se répètent, et ce, au propre comme au figuré. Non seulement celui-ci apporte de la clarté, du haut de sa maison perchée au sommet de la montagne, à des paysages aux couleurs jusque-là bien ternes, mais il vient aussi éclairer par ses connaissances et sa poésie l’esprit de ces hommes et femmes, pour la plupart illettrés, vivant en autarcie loin du continent, à commencer par Mario. En effet, ce dernier, incarné par un Massimo Troisi dont on sent à chaque instant toute la tendresse qu’il éprouve pour ce personnage maladroit et hésitant, s’élève intellectuellement au contact de Neruda et prends conscience, qu’à l’image de son père spirituel, il est lui aussi capable d’exprimer ses sentiments avec grâce et d’assumer ses convictions politiques face aux élus locaux qui promettent depuis des années l’installation de l’eau courante.

Le Facteur - mariage © Sherlock Films
© Sherlock Films

Candidement fasciné par toute la puissance évocatrice pouvant résider dans une simple métaphore, Mario redécouvre les paysages de son enfance, s’émerveillant face à la beauté d’une nature à laquelle il ne prêtait même plus attention. Des contemplations dont l’aspect visuel et auditif nous est communiqué avec beaucoup de simplicité dans des plans d’ensemble laissant une grande place aux bruits ambiants, apportant ainsi un certain crédit à une réalisation qui s’avère pour le reste discrète, voire impersonnelle. De cette façon, à défaut de voyager géographiquement, Mario accomplit tout de même un voyage intérieur, porté par la poésie de Neruda grâce à laquelle il imagine les terres et les gens qu’il ne verra jamais. Qu’importe que les phrases aient été écrites à l’origine dans une autre langue ou sur un autre continent, si celles-ci sont le fruit d’une émotion sincère, alors même le plus inculte des hommes pourra en ressentir toute la beauté et l’intensité. C’est finalement une idée toute simple que défend le film, celle d’une universalité de l’art permettant, pour peu que les hommes y soient sensibles, le partage et l’échange par-delà les différences, à l’image de cette solide amitié née entre un facteur italien et un poète chilien (joué par Philippe Noiret qui retrouve ici un rôle de mentor très similaire à celui qu’il tenait quelques années auparavant dans Cinema Paradiso). Et bien que cette morale puisse être jugée naïve ou idéaliste par certains, il n’empêche que, par sa simplicité et sa sincérité, Le Facteur nous transporte, l’espace de deux heures, dans une sorte de cocon apaisant duquel on ne souhaiterait jamais sortir.

Le Facteur de Michael Radford et Massimo Troisi, 1994, avec Massimo Troisi, Philippe Noiret

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