Au sein d’une famille romanichelle de Calabre, Pio, 14 ans, souhaite devenir un adulte considéré et respecté par les siens. Suivant l’exemple de son grand frère, il se lance dans le recel d’objets volés, mais découvrira qu’une telle vie n’est pas si facile à mener et nécessite de nombreux sacrifices.

Découvert en France en 2015 avec Mediterranea, récit de la migration du burkinabé Ayiva vers le Sud de l’Italie, Jonas Carpignano poursuit avec A Ciambra son exploration des thématiques de la diversité et de la mixité culturelles si chères à son cinéma, puisqu’étant lui-même italo-américain, son enfance fut partagée entre New York et Rome. Ainsi, à travers le passage à l’âge adulte de Pio, nous découvrons le quotidien de cette communauté romanichelle, son mode de vie, ses traditions, mais également ses relations avec la mafia calabraise et les autres populations locales de migrants, que le réalisateur s’est attaché à montrer le plus fidèlement possible afin de restituer toute l’énergie et la vitalité qui émanent de celle-ci.

A Ciambra - Pio, moto © Haut et Court
© Haut et Court

La frontière entre réalité et fiction s’avère assez trouble dans A Ciambra, au point qu’il est parfois impossible de dire où commence l’une et où s’arrête l’autre. Cette confusion tient autant au fait que les membres de cette famille jouent leurs propres rôles, dans un scénario directement inspiré de leur vie, qu’à la manière qu’a Carpignano de les filmer avec une subtile distance en se laissant guider par leurs réactions, adoptant un point de vue presque documentaire. De plus, à voir l’amour que ces hommes et ces femmes de tous âges se portent mutuellement, en dépit des erreurs de certains, il se dégage un sentiment de profonde authenticité qu’il aurait été difficile de recréer hors de ces conditions particulières de tournage. La volonté du cinéaste de nous faire découvrir de l’intérieur cette communauté méconnue se trouve donc parfaitement accomplie et c’est avec une certaine fascination que nous observons le fonctionnement de celle-ci, marqué par le respect témoigné aux aînés par les jeunes générations. En effet, ce n’est pas simplement l’histoire de Pio qui nous est racontée, mais celle de toute sa famille dont on sent à chaque instant peser sur les épaules l’héritage d’une tradition et d’un peuple, symbolisé dès la première scène par une vision du grand-père accomplissant dans sa jeunesse le voyage vers les terres italiennes afin d’y bâtir une nouvelle vie pour lui et les siens.

A Ciambra - famill © Haut et Court
© Haut et Court

Cependant, bien que fasciné lui aussi par cette communauté, Jonas Carpignano parvient à maintenir un recul critique vis-à-vis des agissements de ses membres, n’excusant en rien les vols qu’ils commettent. À l’heure des grandes crises migratoires que connait l’Europe, le réalisateur évite de donner à son film une lecture politisée et, fidèle à son intention documentaire, présente au spectateur le quotidien de Pio et des siens le plus objectivement possible, sans chercher à les désigner comme victimes du système. Qu’il s’agisse de filmer un repas de famille ou des enfants fumer au volant d’une voiture, il conserve la même neutralité de point de vue et il appartiendra au public de se faire sa propre interprétation sur les images qui lui sont montrées. Le scénario, pour sa part, tend aussi dans cette direction en semblant laisser constamment aux personnages leur libre arbitre face aux choix qui se dressent sur leur route (bien qu’il n’en soit évidemment rien), renforçant un peu plus la confusion entre fiction et réalité.

C’est au final un film hybride, tant par sa forme que par son fond, que nous propose le réalisateur d’A Ciambra. Or, loin de desservir son propos, cette hybridation transporte le film dans une étrange et douce atmosphère, suspendue entre documentaire et fiction, tout en apportant un regard neuf sur cette communauté méconnue du grand public.

A Ciambra de Jonas Carpignano, 2017, avec Pio Amato, Koudous Seihon, Iolanda Amato

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