Un dimanche d’août 1949, le peuple romain déserte les rues de la capitale pour se rendre sur la plage d’Ostie et profiter de leur seul jour de repos de la semaine. Les classes sociales et les âges se croisent sur le sable au cours de cette journée ensoleillée.

Tout récemment sortie de la guerre et du fascisme, la population italienne découvre la société des loisirs à la fin des années 40, profitant du repos dominical pour aller passer du bon temps loin du cadre de leur routine citadine. Scénariste phare du néo-réalisme, attaché à dépeindre les mutations sociales de son pays, Sergio Amidei a alors l’idée de représenter ce phénomène sociétal dans un récit aux intrigues multiples et indépendantes, où se croiseraient des personnages issus de toutes classes sociales, réunis autour d’une même envie : aller à la plage. Réalisé par Luciano Emmer, Dimanche d’août se veut ainsi une peinture de cette nouvelle société qui se forme, illustrée dans toute sa diversité par une structure narrative originale qui sera reprise par la suite dans les films suivants du cinéaste, mais également par Luigi Comencini dans Le Grand embouteillage ou encore Ettore Scola dans Le Dîner.

Dimanche d'août - garçon plage

Bien que la population romaine soit touchée dans son ensemble par cette société des loisirs (à l’exception des classes sociales les plus extrêmes) et que ses membres partagent les mêmes plaisirs simples, les écarts de classes n’en disparaissent pas pour autant, et sont même exacerbés sur certains points durant la pratique de ces loisirs. Dès le début du film, alors que la migration vers Ostie s’organise en début de matinée, la différence entre riches et pauvres se fait très vite sentir, l’identité sociale des personnages les suivant y compris en dehors du cadre de leur quotidien. Ainsi, alors que les uns partent vers la mer en vélo ou en Vespa, les autres se pressent dans des trains bondés où les places assises se font rares, les familles nombreuses s’entassent dans des voitures ayant du mal à démarrer et les plus favorisés roulent en coupé sport. Le moyen de transport emprunté a donc valeur de marqueur social et, malgré l’effervescence commune, il est facile de distinguer les riches des pauvres parmi cette cohue.

Or, cette distinction sociale, qui pour l’instant ne s’exprime qu’à travers la matériel, va poursuivre ces hommes et ces femmes jusqu’à la plage où elle prendra une réalité spatiale d’autant plus cruelle et discriminatoire. En effet, arrivés sur le bord de mer, un grillage sépare la plage des riches de celle des pauvres, marquant la volonté des uns de ne pas se mélanger avec les autres. La segmentation apparait d’ailleurs d’autant plus violente qu’elle est renforcée par la mise en scène de Emmer qui oppose à la représentation de la zone réservée aux riches, calme et spacieuse, des cadrages saturés de corps et de parasols, où les plus défavorisés se marchent les uns sur les autres. Ces derniers sont donc contraints de partager leur cabine avec d’autres familles et de manger à même le sol le repas qu’ils ont ramené de chez eux, tandis qu’au contraire, les plus aisés mangent à la terrasse des restaurants, les hommes parlant affaires et les femmes échangeant des ragots. Néanmoins, une fois tout le monde en maillot, les signes extérieurs de richesse disparaissent et les jeunes gens désireux de goûter à la grande vie peuvent passer discrètement de l’autre côté du grillage et prétendre à une autre existence, le temps d’un après-midi.

Dimanche d'août - Mastroianni

Car, en dépit des critiques qu’il adresse à la société, Dimanche d’août n’en reste pas moins avant tout une comédie. Usant de quiproquos et de méprises sur l’identité des personnages, Emmer et Amidei mettent en place une multitude d’intrigues amoureuses, et autres marivaudages, enrobant le tout de légèreté et d’insouciance, en parfaite adéquation avec l’état d’esprit de ces familles venues se détendre à la plage. Ce sentiment est, par ailleurs, intelligemment contrebalancé par la présence dans le film de deux segments se déroulant à Rome, dans des rues maintenant désertes. D’une part, un officier de police (joué par un Marcello Mastroianni qui n’est pas encore une star à l’époque) et sa femme enceinte, restés travailler en ville, sont confrontés à des problèmes financiers ; d’autre part, un chômeur désabusé va se retrouvé embarqué dans le cambriolage d’une banque. Ainsi, ces deux histoires à la teneur dramatique se veulent le symbole de la difficulté de la vie à Rome pour les classes sociales les plus pauvres, renforçant par la même occasion le sentiment de parenthèse enchantée se dégageant de ce dimanche à la plage.

Dimanche d’août de Luciano Emmer, 1950, avec Marcello Mastroianni, Vera Carmi, Massimo Serato

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s