Giovanni, ouvrier dans une usine à Milan, accepte d’être muté en Sicile, afin d’acquérir une meilleure qualification. Il laisse derrière lui Liliana, sa fiancée, séparation intervenant alors que leur histoire bat de l’aile, la fougue des premiers temps ayant laissé sa place à l’ennui et la routine. Mais une fois seul, Giovanni prend conscience de tout l’amour qu’il lui porte et décide avec renouer elle.

Héritier direct du néo-réalisme tendance Rossellini, Ermanno Olmi s’attache dès ses premiers films à représenter la vie des travailleurs anonymes, que ceux-ci soient ouvriers d’usine tel Giovanni ou employé de bureau comme dans Il Posto, des individus simples, n’ayant à priori rien d’extraordinaire à offrir, dont il transcende le quotidien avec poésie et tendresse pour mieux nous montrer à quel point cette appréciation peut être fausse. Il redonne ainsi à ces hommes et ces femmes toute leur singularité dans une société ayant tendance à les réduire à leur simple identité prolétaire, prouvant que l’existence de tout un chacun, aussi modeste soit elle, mérite d’être racontée au même titre que toutes les autres.

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© Tamasa Distribution

Cette volonté de montrer le monde ouvrier dans sa dimension la plus brute est d’ailleurs telle que le film flirte à plusieurs reprises avec la frontière du genre documentaire, alors qu’il s’attarde sur les gestes de ces hommes au travail dans les usines ou les marais salants, trahissant une certaine fascination du réalisateur pour ce savoir-faire manuel qui tend à disparaître face à l’industrialisation progressive de ces terres agricoles. Bien que répudiant toute forme d’esthétisation du cadre, il se dégage naturellement une certaine poésie des images que nous offre Olmi, la verticalité des bâtiments en construction où scintillent les étincelles produites par les scies à métaux s’opposant aux immenses étendues de champs et de marais. Sans avoir recours à des artifices, il parvient donc à magnifier des espaces et surtout des corps en mouvement, pour mieux raviver à nos yeux la beauté inhérente à ceux-ci. Or, dans un monde où l’individu est défini par son métier, le simple fait de se focaliser sur son action et de lui témoigner de l’importance suffit à donner légitimité à son existence même. Constat cruel que le cinéaste a parfaitement assimilé et s’attache à contrecarrer tout au long de son film en ne nous présentant que des personnages excellant dans leurs tâches respectives, qu’ils effectuent avec rapidité et précision, donnant de ce fait à chacun d’entre eux une place unique au sein de ce microcosme ouvrier.

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© Tamasa Distribution

Pourtant, aussi précise soit-elle, cette représentation visuelle de la réalité du monde prolétaire ne se fait jamais au détriment de l’avancée de l’histoire, le point de vue documentaire naissant directement de la fiction. En effet, c’est à travers les itinérances de Giovanni, empruntant le bus pour se rendre au travail ou bien cherchant une chambre à louer en ville, que nous découvrons progressivement les paysages de la Sicile, mais aussi l’histoire de ses habitants qui semblent trouver en cet étranger venu de Milan, une oreille attentive à laquelle ils peuvent se confier. Or, ces témoignages ne sont pas incorporés au récit sans raison puisqu’ils permettent de nourrir et de faire progresser le réel cœur de l’oeuvre, à savoir l’histoire d’amour entre Liliana et Giovanni. Ce dernier prenant conscience, après avoir découvert le bonheur de ces gens simples, que sa place est auprès de sa famille et non dans une entreprise, où les employés ne sont que des maillons interchangeables sur la chaîne de production. C’est là toute l’intelligence d’Ermanno Olmi qui parvient avec délicatesse à tisser d’étroites relations entre les deux thèmes de son film, jusqu’à ce que ceux-ci ne forment plus qu’une seule entité indissociable, au sein d’une narration audacieuse, où passé, présent et futur se trouvent mélangés pour mieux exacerber l’intensité des émotions auxquelles sont en proie ces deux fiancés.

Les Fiancés de Ermanno Olmi, 1963, avec Carlo Cabrini, Anna Canzi

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