En permission durant son service militaire, Michele reçoit la visite de son père Marcello, un avocat romain très réputé. Les deux hommes vont passer la journée ensemble et se remémorer de vieux souvenirs, mais très vite les griefs et les non-dits, enfouis depuis des années, refont surface. En effet, Michele n’a pas aussi bien réussi que son père l’avait espérer.

Alliant deux thèmes centraux de son œuvre, inextricablement liés entre eux, la famille et le conflit générationnel, Ettore Scola évoque avec simplicité la relation pourtant infiniment complexe, faite d’amour, de déception et d’espoir, unissant un père et un fils. Or, comme souvent chez le réalisateur, l’histoire intime vécue par les personnages recèle une portée bien plus universelle, qui saura trouver un écho chez le spectateur. En effet, si la relation entre Michele et Marcello leur est propre, celle-ci reflète en réalité les étapes d’un processus que traversent la plupart des familles, de l’incompréhension au pardon mutuel, qui n’a et n’aura de cesse de se répéter à travers les âges, les fils d’aujourd’hui étant les pères de demain.

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Comme tous les parents, Marcello aspire à ce que son enfant mène une vie meilleure que la sienne, élaborant pour lui de prestigieux projets d’avenir, tandis que Michele, de son côté, souhaite s’émanciper de l’ombre de la figure paternelle pour pouvoir enfin à son tour devenir un véritable adulte. Le constat est d’autant plus triste que la souffrance de l’un vient de l’amour que lui porte l’autre. C’est pourquoi, pensant faire preuve de sagesse et pour ne pas blesser son père, le fils préfère garder pour lui ses reproches, refoulant au fond de lui une rancoeur qui, loin d’être guérie, menace d’éclater à chaque instant. Alors qu’une réelle discussion de fond semblerait pouvoir régler ces griefs pour faire table rase du passé, par timidité ou orgueil, l’un comme l’autre évite soigneusement ce sujet, préférant le dissimuler derrière le récit de petites banalités du quotidien que l’on échangerait avec n’importe quel inconnu. Mais s’il est facile, depuis un regard extérieur, de dire ce qu’il aurait fallu faire dans une telle situation, le problème paraît toujours bien plus délicat à résoudre lorsqu’on y est personnellement mêlé. Et comme le montre Scola avec finesse et intelligence, seul le temps permet de panser ces blessures, que celui-ci se concrétise à travers les années passées à établir pas à pas le dialogue tant attendu, ou bien sous la forme d’une simple question, « Quelle heure est-il ? », lancée timidement après une dispute pour briser la glace et renouer le contact avec l’autre.

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Pour sa part, la réalisation est certes simple, mais toutes fioritures auraient été inutiles, nous sommes ici entre amis, en famille. À l’image de la vie que s’est construite Michele, loin du tumulte de la capitale, Scola filme les hommes et les paysages tels qu’ils se présentent à sa caméra, laissant le charme de ce petit village du bord de mer émaner de lui-même des images. Il nous place de cette façon dans une position proche de celle de Marcello, qui découvre d’un œil étranger le quotidien de son fils, dont les journées se déroulent dans une atmosphère de tranquille sérénité. Le cinéaste cherche ainsi à nous intégrer dans ce cadre paisible et nous fait entrer dans l’intimité des personnages, sans que cela ne soit jamais intrusif, comme pour mieux nous signifier que cette histoire est aussi simple qu’universelle. Par ailleurs, il n’y a pas de stars dans l’oeuvre de Scola, pas de Marcello Mastroianni ou de Massimo Troisi, seulement des amis fidèlement réunis pour porter le message de l’auteur. Dans un même élan collectif, tous les artifices tendent donc à s’effacer jusqu’à ce qu’il ne subsiste plus à l’écran que l’essentiel : les émotions et les sentiments transmis par le film.

Quelle heure est-il d’Ettore Scola, 1989, avec Marcello Mastroianni, Massimo Troisi

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