À la fin des années 40, le maçon Giuseppe Bordoni émigre en Argentine avec sa famille, où le gouvernement italien souhaite construire des habitations afin d’accueillir les prochaines vagues d’immigration. Pensant qu’ils s’enrichiraient en Amérique, pour Giuseppe et les siens, l’envie de retourner dans leur pays natal se fera de plus en plus grande.

Suite à la Seconde Guerre Mondiale, alors que l’Italie commence à se relever du conflit qui l’a laissée ravagée, de nombreux italiens, principalement des ouvriers pauvres, choisissent d’émigrer vers d’autres pays afin d’y trouver de meilleures opportunités de travail pour pouvoir nourrir leurs familles. Si la question de la diaspora italienne en Europe ou même aux Etats-Unis a plusieurs fois été traitée par les cinéastes italiens (on pense à Profession Magliari de Francesco Rosi, dans lequel Alberto Sordi et Renato Salvatori partent tenter leur chance en Allemagne), les flux migratoires en direction du Brésil ou de l’Argentine ont été plus rarement abordés, alors même que ceux-ci sont parmi les plus importants. Sorti en 1949, au cœur de cette crise migratoire, Emigrantes va justement prendre pour toile de fond ce phénomène, marquant par ailleurs la première réalisation du très populaire acteur italien Aldo Fabrizi.

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À travers l’immigration de cette génération d’ouvriers, maçons et charpentiers, ce dernier souhaite avant tout montrer la solidarité dont fait preuve le peuple italien, mais aussi son attachement à ses racines et à sa terre natale, nous faisant bien comprendre qu’en dépit de ce qu’affirme Giuseppe ce départ n’est pas le fruit d’une décision volontaire. Bien que partis avec la promesse de pouvoir faire fortune en Argentine, ces hommes et ces femmes regrettent leur patrie, romantisée dès le début du film dans ses moindres aspects, alors qu’un quartier populaire et délabré nous est montré avec autant d’amour qu’une vue panoramique surplombant les plus beaux monuments de Rome. Le propos du film s’avère très vite ouvertement italo-centré, louant à chaque instant la beauté de l’Italie et de son peuple, uni même dans ce moment difficile qu’est l’immigration vers un pays inconnu, quitte à présenter des situations peu crédibles et démagogiques. En effet, alors qu’ils sont entassés les uns sur les autres durant leur traversée de l’Atlantique, aucun homme ne se révolte face à leurs conditions de voyage, Fabrizi éclipsant cet aspect, qui pourrait mener à des tensions et un éclatement du groupe, par une scène comique où ceux-ci sont une nouvelle fois montrés soudés face au ronfleur gênant le sommeil des autres. De plus, même éloignés de leur pays, ces émigrants ont la ferme volonté de perpétuer les traditions italiennes, faisant preuve d’un patriotisme fortement exacerbé (nous n’irons pas jusqu’à dire fasciste). Ainsi, la femme de Giuseppe souhaite mélanger de l’eau bénite romaine à celle du prêtre pour le baptême de son fils qui, horreur, n’aura pas la nationalité italienne car né sous pavillon argentin.

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Si l’on comprend bien la démarche de Fabrizi qui réalise ici un film destiné avant tout au public italien, la lourdeur de son propos mais aussi de sa mise en scène où, jouant le rôle principal, il se réserve de nombreux gros plans pour esquisser mimiques et grimaces, rendent le tout assez grossier. Qui plus est, cet italo-centrisme constitue également la limite de son oeuvre. En effet, en glorifiant à outrance l’Italie, celui-ci laisse de côté les thèmes fondamentaux d’un film sur l’immigration, à savoir le choc de deux cultures, l’adaptation à un nouveau mode de vie, ou plus flagrant encore, la question des problèmes financiers de la famille de Giuseppe, pourtant à l’origine de leur départ. Symbole de cela, l’architecte (seul personnage argentin ayant un réel rôle) se trouve être le stéréotype du latin lover, quoique bien intentionné. C’est pourquoi le message d’amour et de fraternité entre les peuples que tente finalement de nous transmettre Fabrizi, bien que noble et de bonne intention, se révèle totalement artificiel. La faute à cette non-représentation de la diversité de la population argentine, d’autant plus que cet architecte qui s’apprête à épouser la fille de Giuseppe s’avère par miracle être d’origine italienne, sauvant l’honneur et le patrimoine génétique de la famille.

Emigrantes d’Aldo Fabrizi, 1949, avec Aldo Fabrizi, Ave Ninchi, Adolfo Celi

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