Transcription de l’entretien entre Giorgio Cantarini, interprète du petit Giosué, et Dominique Maillet, délégué général du Vincennes Film Festival 2017, avant la projection de La Vie est belle (Roberto Benigni, 1997).

D. M. : Commençons par le commencement, racontes-nous comment tu as été choisi pour jouer dans La Vie est belle.

G. C. : En Italie (je ne sais pas si c’est pareil dans les autres pays), lorsque l’on cherche un enfant pour un film, les producteurs publient des annonces dans les journaux de la région où sera tourné le film. Mon oncle qui habitait à Terni, là où a été tournée une grande partie du film, a lu cette annonce et a noté que la description du petit garçon recherché correspondait beaucoup à mon profil. Il a donc appelé mes parents et leur a dit qu’ils devaient m’amener à l’audition, pour tenter ma chance. Ma mère m’y a finalement accompagné. La première fois, je n’ai fait que des photos et la deuxième fois j’ai rencontré Roberto Benigni et sa femme [Nicoletta Braschi qui joue la mère dans le film, ndlr] qui m’ont choisi. Je ne sais toujours pas exactement pourquoi, mais Roberto a été très touché par ma spontanéité. Avant l’audition, j’avais mangé beaucoup de cerises et j’avais mal au ventre, alors quand il m’a demandé comment j’allais, je lui ai répondu « pas très bien parce que j’ai mangé beaucoup de cerises » et il a été très sensible à cela. La production et Roberto n’était quand même pas tout à fait sûrs de ce choix au départ, ils pensaient qu’un enfant plus grand serait plus facile à diriger, mais sa femme Nicoletta a insisté pour que je sois pris, et c’est pourquoi je suis là.

D. M. : Comment se passe le premier jour de tournage sur un plateau pour un enfant de cinq ans ?

Ce n’est pas facile à dire parce que je n’ai pas beaucoup de souvenirs précis de ce moment, mais je me souviens que les gens du plateau étaient vraiment très gentils avec moi. Je me rappelle que je n’avais pas besoin de beaucoup répéter mes scènes, j’étais très bon (rires). J’ai surtout le souvenir d’un gamin très spontané, pas d’un grand comédien, et donc les gens cherchaient à m’occuper pour que je me sente le mieux possible.

D. M. : Justement, on sait que le temps entre les prises sur un tournage est très long, d’autant plus pour un enfant de cinq ans. Comment t’occupais-tu quand tu ne tournais pas ?

G. C. : Il y avait toujours ma mère et mon frère pour s’amuser avec moi. Ma mère m’avait acheté un petit tracteur jaune et nous jouions sur la place d’Arezzo. Je me rappelle qu’un jour, un homme m’avait fabriqué une canne à pêche et comme il avait beaucoup plu, je pêchais dans les flaques d’eau. Je remontais des chaussures et d’autres choses, parce qu’en fait les gens du plateau avait relié à la canne des objets, mais moi je ne comprenais pas comment c’était possible. C’était vraiment drôle.

D. M. : Est-ce que Benigni acteur était une personne différente de Benigni réalisateur ?

G. C. : Oui. Je me souviens que quand Roberto était réalisateur, il était plus sérieux puisqu’il devait diriger toute une équipe. Mais quand il était avec moi devant la caméra, il était plus décontracté, plus ouvert. Comme il devait jouer avec un gamin, il devait s’assurer que je n’aie pas de problèmes et que j’aie bien tout compris. Il souhaitait vraiment qu’il n’y ait pas de différence entre la vie et la scène.

D. M. : Le scénariste du film expliquait qu’on ne peut pas donner des textes trop longs à un enfant, comment préparais-tu tes répliques? Benigni était-il sévère avec toi ?

G. C. : Je ne savais pas encore lire donc j’apprenais le texte avec ma mère, mon père et surtout mon frère qui me lisait les répliques. Ensuite, nous jouions au ballon et je les répétais. Je ne me souviens pas si Roberto était sévère sur le texte mais je ne pense pas comme je n’ai beaucoup de répliques dans le film. J’apprenais le texte comme une poésie, de mémoire, et j’étais très rapide. Les enfants sont de meilleurs acteurs que les adultes.

D. M. : Il y a une scène dans le film où tu es sensé lire une pancarte sur les juifs. Comment l’aviez-vous préparée ?

G. C. : Je devais faire semblant de la lire en déplaçant mon doigt, mot par mot. Mais je ne sais pas, peut être que je n’ai réussi à bien le faire que par chance.

D. M. : Comment as-tu vécu le succès du film ? As-tu beaucoup accompagné Benigni pendant la promotion ?

G. C. : Je me souviens que la première fois que nous avons vu le film au cinéma, il y avait beaucoup de journalistes en dehors de la salle qui attendait la fin de la séance pour m’interviewer et faire des photos. Ma mère trouvait que c’était beaucoup de pression pour un enfant de cinq ans, alors elle a inventé un jeu pour me faire éviter les journalistes. Il fallait s’enfuir le plus vite possible après le film et rejoindre l’issue de secours. Je me rappelle aussi que pendant la scène de baiser entre Roberto et sa femme, j’étais très gêné et je me suis caché les yeux. Je n’ai jamais compris pourquoi j’avais fait ça.

D. M. : Quand on regarde les images du making of du film, on voit à quel point vous étiez proches avec Benigni et Braschi, et même que le jeu se poursuivait en dehors du plateau entre vous.

G. C. : Je passais beaucoup de temps avec Roberto et Nicoletta, après et avant le film. Pour moi, le jeu a été en quelque sorte le moteur de cette expérience et je pense que c’est la seule façon d’obtenir un bon résultat pour un gamin qui n’est pas un acteur. Parfois on voit des jeunes acteurs américains déjà très professionnels à sept ou huit ans mais moi j’étais un petit gamin qui venait de la campagne et qui ne connaissait rien au cinéma. Donc le jeu était très important pour moi, mais aussi pour ma mère qui devait gérer la situation, et c’est comme ça que nous avons pu faire toutes ces choses.

D. M. : Et maintenant ça continue, tu es toujours acteur en France et en Italie.

G. C. : Oui, après La Vie est belle j’ai d’abord arrêté pour me consacrer à l’école et au sport. Puis après le lycée, j’ai décidé d’essayer de faire ce métier car les gens m’encourageaient dans cette direction. J’ai donc passé trois sélections pour intégrer la plus grande école de jeu en Italie, le Centro Sperimentale de Rome. J’y suis resté trois ans et j’ai compris dès les premiers mois que je devais faire ça de ma vie car j’aimais le cinéma et l’art dramatique. Et de toute façon, comme après La Vie est belle je n’avais pas fait d’études particulières, je ne pouvais faire que ça de ma vie, rien d’autre.

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