Deuxième et dernière partie de notre périple au festival « Au-delà de l’écran », avec au programme de nouveaux films merveilleux, des extraits inédits de Danielle Darrieux, un hommage à Michel Bouquet et bien d’autres choses encore…

Dimanche 26. 10h. Me revoici, après une bonne nuit de sommeil, devant Le Vincennes, prêt à affronter cette deuxième journée de festival qui s’annonce un peu moins chargée, quoiqu’un imprévu puisse toujours faire surface et me mettre en retard sur le programme. J’entre donc dans ce cinéma où je commence à avoir mes habitudes après y être resté le samedi entier. La bénévole qui m’avait accueilli hier est encore là et me reconnaît. On discute, on échange nos impressions sur les films de la veille et je retrouve alors cette convivialité que j’aime tant dans les festivals, où les spectateurs, vivant sur le même rythme l’espace de quelques jours, n’hésitent pas à partager leurs expériences avec le premier venu comme s’ils étaient amis de longue date. Mais il faut maintenant couper court à la discussion, Dominique Maillet vient d’entrer dans la salle pour présenter la séance.

La journée commence avec la projection de La Dame aux camélias, deuxième film de Mauro Bolognini montré au festival cette année. Adaptation du roman éponyme d’Alexandre Dumas fils, celui-ci promet de belles choses notamment du fait de son casting emmené par Isabelle Huppert et Gian Maria Volontè. Seule ombre au tableau, suite à de nombreux problèmes avec les copies pellicule qu’ont tenté de se procurer les organisateurs, la version projetée provient d’un DVD italien et est en VF. Pourtant, même dans ces conditions, la magie du film fait très vite effet et je suis plongé dans cet univers à la fois somptueux et glacial, où le moindre détail, des décors aux costumes en passant par la lumière, semble avoir été pensé avec un soin tout particulier.

La Dame aux camélias - Isabelle Huppert

La séance s’apprête à se terminer quand un homme entre dans la salle et va s’asseoir dans les premiers rangs, baragouinant des phrases dans ce qui semble être de l’italien. On sent bien que plusieurs spectateurs aimeraient lui dire de parler moins fort, mais très vite chacun comprend que cet individu n’est pas n’importe qui et que l’immense directeur de la photographie Ennio Guarnieri est en fait arrivé plus tôt que prévu. Le film terminé, les soupçons sont confirmés et l’homme est invité à monter sur scène pour nous parler de sa collaboration avec Bolognini. Peu bavard, c’est avec beaucoup d’humilité qu’il évoque à demi-mots ses souvenirs du tournage, s’étendant plus sur le talent des membres de l’équipe que sur son propre travail.

Il est maintenant temps de penser à manger avant la conférence qui aura lieu à 14h30. J’opte alors pour une stratégie sur le long terme, c’est-à-dire un plateau de fromages qui me permettra de tenir jusqu’au soir, et profite du déjeuner pour finir de noter mes impressions sur les films de la veille. En allant vers l’auditorium Jean-Pierre Miquel, j’en profite pour admirer les portraits des stars pris par Pauline Maillet, exposés à côté de la mairie, puis une fois arrivé, je commence par jeter un œil à la collection d’affiches polonaises de films français et européens présentée dans le hall.

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Installé dans la salle, la conférence peut enfin commencer. Fidèle à sa volonté de mettre à l’honneur les personnalités trop souvent oubliées du cinéma, le festival a tenu à rendre hommage, en partenariat avec la Cinémathèque Française, à deux collaborateurs emblématiques de Luchino Visconti : Renata Franceschi, sa scripte sur ses trois derniers films, et Enrico Medioli, scénariste sur certaines de ses plus belles œuvres (Rocco et ses frères, Le Guépard, Sandra, Ludwig…). Durant plus d’une heure et grâce aux témoignages de Giorgio Treves, Francesca Medioli, Laurence Schifano et Régis Robert, leur souvenir est ainsi évoqué, nous faisant découvrir le parcours et la personnalité de ces deux figures de l’ombre récemment disparues, réhabilitant un tant soit peu leur mémoire à nos esprits.

Suite à cette rencontre, il ne reste qu’une petite heure à attendre avant 17h. Le temps pour moi de prendre le café rituel et je suis de retour au Vincennes, où je trouve avec surprise une salle comble, la première depuis le début du festival. Il faut dire que cette projection est un peu particulière puisqu’elle rend hommage à l’actrice ô combien aimée du grand public, Danielle Darrieux, décédée il y a peu. Une séance d’autant plus spéciale que nous allons avoir la chance de découvrir des images inédites de la comédienne jamais montrées au public depuis vingt-cinq ans. Trois minutes muettes où nous la voyons dans la neige, en pantalon de ski et brassière, pour les essais du film Coup de foudre que devait réaliser son mari de l’époque Henri Decoin. Un instant suspendu, empli de poésie et d’émotions, avant que ne débute 24 heures de la vie d’une femme, adaptation de la nouvelle de Stefan Zweig dans laquelle elle tient le rôle principal.

24 heures de la vie d'une femme - Danielle Darrieux

Si le long-métrage de Dominique Delouche s’avère assez décevant, privilégiant l’aspect esthétique, très beau il est vrai, au propos social qui faisait justement toute la force de l’oeuvre de Zweig, la venue du réalisateur me ravit au contraire pleinement. Homme charmant et volubile, celui qui fut l’assistant de Fellini, nous raconte à quel point Darrieux était une actrice et une femme incroyable, entrant dans la peau de son personnage aussi simplement qu’elle enfilerait une robe, bien loin des méthodes américaines de l’Actors Studio. C’est ainsi que s’achève mon dimanche, sur une note de fraîcheur et de gaieté, puisque je ne peux malheureusement pas rester à la projection du soir de Cousin, Cousine.

Sur le chemin du retour, je ressasse dans ma tête les moments forts de cette journée, sans savoir que la séance du lendemain soir sera la plus incroyable de tout le festival.

Lundi 27. 20h. L’un des rares inconvénients avec ce genre d’événements qui se poursuivent en semaine, c’est que l’on sait que l’on ne pourra pas tout voir et qu’il faudra faire une croix sur des films qui promettaient pourtant de belles choses. Il est en comme cela pour moi de la projection du Bal, première apparition sur grand écran de Danielle Darrieux en 1931, qui m’a-t-on dit a là encore fait salle comble, et de Sacco et Vanzetti. Tant pis, il faut à présent se concentrer sur la prochaine séance : Le Manuscrit du prince de Roberto Andò, resté inédit en France à sa sortie, avec la présence exceptionnelle de Michel Bouquet dans la salle.

Invité à monter sur scène pour nous parler du film, une standing ovation accueille l’immense comédien qui, à plus de 90 ans, a toujours ce petit air de malice dans le regard. Mais la soirée réserve encore son lot de surprises, et avant qu’il ne prenne la parole, Dominique Maillet appelle à le rejoindre un invité mystère resté en coulisses. C’est alors que débarque Pierre Richard, sous les applaudissements grandissants du public à mesure que les spectateurs le reconnaissent derrière ses lunettes cerclées de rouge. Venu rendre hommage et témoigner toute son admiration à celui qui fut son partenaire dans Le Jouet, l’acteur semble désemparé face à Michel Bouquet, ne sachant s’il doit le vouvoyer ou le tutoyer. Il évoque ainsi comment s’est passée leur première rencontre, lors d’un dîner chez Francis Veber et dans quel état de stress il était à ce moment-là. Puis, dans un enchainement de circonstances tout droit sorti de La Chèvre, Pierre Richard se lève et s’apprête à partir, se prenant au passage les pieds dans sa chaise, avant de se relever et de poser son micro sur la table, qui roule et s’écrase au sol, le tout sous l’hilarité du public, ponctuée par le commentaire de Bouquet : « Tu vois, ça je ne pourrais pas le faire. ».

Michel Bouquet - Pierre Richard

C’est ensuite au tour de Julie De Bona de venir remercier l’immense comédien avec qui elle a joué au théâtre dans L’Avare, incarnant le passage de témoin entre la jeune et l’ancienne génération. Puis, Michel Bouquet nous raconte à quel point il est heureux de pouvoir découvrir ce soir Le Manuscrit du prince, qu’il n’a jamais eu l’occasion de voir en salle, se rappelant d’un scénario magnifique de délicatesse et de sentiments, avant que ne débute la projection. Je ne peux alors que remercier le festival d’avoir eu l’idée de montrer ce film merveilleux, inspiré de la vie du Prince Giuseppe Tomasi di Lampedusa, l’auteur du Guépard, et du rapport de paternalité qu’il entretint avec un jeune homme issu d’un milieu populaire, tous deux unis par un amour des mots et de la poésie.

Cela commence à devenir une habitude, mais je repars une nouvelle fois des étoiles plein les yeux, un peu triste tout de même que le festival s’achève le lendemain.

Mardi 28. 20h. Et comme le souligne Dominique Maillet en préambule de cette dernière soirée, le festival a souhaité terminer sur une note plus gaie, après des films qui, bien que magnifiques, furent assez durs pour certains (Le Jardin des Finzi-Contini, La Vie est belle…). C’est donc une comédie d’Alessandro Blasetti qui clôt cette belle programmation, Dommage que tu sois une canaille dans lequel on retrouve Vittorio De Sica aux côtés de deux acteurs encore débutants à l’époque qui deviendront le couple mythique du cinéma italien : Marcello Mastroianni et Sophia Loren. Le public remercie une dernière fois Emi De Sica, Giorgio Treves et Ennio Guarnieri pour leur disponibilité et leur gentillesse ainsi que toute les membres de l’organisation du festival. Alors les lumières s’éteignent et comme le premier soir, je m’enfonce dans mon fauteuil, les yeux rivés sur le rand écran blanc, prêt à voyager, à rire et à m’émerveiller devant le talent de ces hommes et de ces femmes « qui ont fait le cinéma ».

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