Dans un quartier de Naples, Giovanna et une équipe de bénévoles tiennent un centre accueillant les enfants de la ville les jours où il n’y a pas école, pour leur permettre de s’épanouir tout en les tenant à l’écart de la Camorra. Mais le jour où la fille d’un criminel intègre le centre, les parents s’insurgent et demandent l’exclusion de la nouvelle arrivante.

Avec L’Intrusa, présenté à la Quinzaine des réalisateurs en mai dernier, Leonardo di Costanzo décrit comment un sentiment partagé de crainte face à une menace invisible peut pousser une communauté à se replier sur elle-même, dans un réflexe d’autoprotection. Bien que les actes criminels de la Camorra ne nous soient jamais réellement montrés, la crispation engendrée chez les habitants, impuissants face à cette situation, est particulièrement palpable et pèse telle une chape de plomb tout au long du film. Étant lui-même originaire de Naples, le cinéaste a pu observer ce phénomène de l’intérieur au fil des années et c’est à travers un regard documentaire qu’il aborde cette histoire. La trame narrative tend ainsi à s’effacer pour ne plus laisser transparaitre à l’écran que les personnages, évoluant avec beaucoup de liberté et se comportant avec tant de naturel, que l’on en viendrait presque à oublier l’essence fictionnelle de ce récit. L’authenticité et l’urgence du propos de Di Costanzo (qui a commencé sa carrière par le documentaire et l’enseigne aujourd’hui à Paris) dépassent les frontières des genres pour atteindre directement le spectateur et lui délivrer un message social fort et important.

L'Intrusa 2 © Capricci Films
© Capricci Films

En abordant les thèmes de l’exclusion sociale, du communautarisme et du rejet de l’autre, L’Intrusa entre en forte résonance avec certaines des crises majeures que connait actuellement le monde. Une lecture plus globale de cette histoire napolitaine ne semble d’ailleurs nullement hors de propos. À l’image de l’attitude isolationniste des parents d’élèves dans le film, les amalgames se sont multipliés ces dernières années notamment vis-à-vis des migrants et des musulmans, entrainant une importante montée des extrêmes. De cette façon, Di Costanzo nous montre que de tels schémas de pensée fondés sur la haine de l’autre ont une tendance systématique à se reproduire, à des échelles différentes et sous des formes très variées, pour toucher toutes sortes de communautés. Ainsi, dans L’Intrusa, les victimes de cette exclusion sont des innocentes ayant pour seul tort d’être la femme et la fille d’un assassin. Mais plus que tout, le réalisateur souhaite attirer notre attention sur la manière dont ces messages de violence sociale sont inconsciemment transmis de génération en génération, les enfants reproduisant l’attitude de leurs parents par mimétisme. Dans la lutte contre ces dangereux mécanismes, l’importance des organisations culturelles favorisant l’intégration et l’échange entre les individus apparaît donc d’autant plus primordiale, ainsi que le rôle clé joué par les hommes et les femmes qui consacrent leur vie au bien-être des autres.

L'Intrusa 3 © Capricci Films
© Capricci Films

En effet, pour illustrer la complexité du rapport entre le groupe de parents et les deux « intruses », le cinéaste choisit de nous donner à voir cette histoire par le prisme du personnage de Giovanna, la responsable du centre d’accueil. Médiatrice sociale, celle-ci dialogue avec toutes les parties pour comprendre d’où vient leur haine respective et tenter de leur faire comprendre que le respect doit être mutuel si l’on veut parvenir à un climat de sérénité. Or, toute la complexité du problème réside dans le fait que le comportement des uns et des autres soit né de sentiments légitimes de peur, de colère ou de tristesse. Il est tout à fait compréhensible qu’une mère ne souhaite pas que son enfant côtoie la fille du meurtrier de son père, tout comme cette dernière mérite elle aussi d’être acceptée et de ne pas pâtir des crimes commis par sa famille. Ainsi, avec L’Intrusa Leonardo Di Costanzo ne prétend pas apporter la solution miracle pour que les hommes puissent vivre en paix dans un monde parfait. Il ne fait que représenter la réalité telle qu’elle est pour mieux véhiculer les valeurs fondamentales que sont l’ouverture d’esprit et le respect d’autrui. Il en va ensuite de la responsabilité du spectateur de recevoir et de transmettre ce message.

L’Intrusa de Leonardo Di Costanzo, 2017, avec Raffaella Giordano, Valentina Vannino, Martina Abbate

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