Dans un petit village italien, Gepetto, un pauvre menuisier veuf, façonne dans une bûche magique un pantin de bois qu’il nomme Pinocchio. Doté de parole, ce dernier demande à une fée de le transformer en vrai petit garçon. Une fois son vœu exaucé, il part à l’aventure et va vivre toutes sortes d’expériences au gré de ses rencontres.

Dès le début de sa carrière, l’enfance a constitué l’un des thèmes majeurs de l’oeuvre de Luigi Comencini, qu’il a su représenté avec une tendresse et une sincérité rarement égalées, dans des films tantôt drôles ou tristes tels L’Incompris. En 1972, le choix d’adapter le roman de Carlo Collodi, Les Aventures de Pinocchio, classique de la littérature italienne pour jeunesse, s’inscrit donc dans la suite logique de ce qu’avait déjà pu proposer le réalisateur, tout en lui permettant d’explorer un genre nouveau dans son cinéma : le conte fantastique. À l’origine conçu comme une mini-série en 6 épisodes diffusée à la télévision, le film fut par la suite remonté et réduit à un peu plus de deux heures pour pouvoir être exploité en salles. Si cette version peut parfois sembler quelque peu déséquilibrée, elle n’en restitue pas moins, à travers une multitude de situations, le cœur du propos de Comencini, à savoir la découverte du monde par un enfant, né directement ici à un âge où il est en mesure de réfléchir aux choses qui l’entourent.

Les Aventures de Pinocchio 2 © Les Acacias
© Les Acacias

À l’instar de ce qu’avait pu faire Voltaire avec Candide, Les Aventures de Pinocchio s’appréhende comme un film d’apprentissage dans lequel un petit garçon, au cours de ses déambulations, fait l’expérience de la société et des rapports humains, tant sur le plan physique qu’intellectuel. De la même manière que pour un nouveau-né, la découverte passe d’abord pour Pinocchio par la compréhension de son propre corps et de ses limites, notamment la sensation de faim qui le tiraille régulièrement, lui rappelant que son organisme a besoin d’énergie pour fonctionner correctement. Passé ce stade, et fort de sa mobilité nouvelle, il peut alors partir à l’aventure dans le monde qui s’ouvre à lui, pour mieux se heurter aux structures sociales en vigueur dans celui-ci. Face aux règles et aux obligations imposées par le travail, la justice et l’éducation, Pinocchio va prendre conscience qu’il n’est pas libre d’agir comme bon lui semble et que ses caprices ne seront pas systématiquement exaucés, en dépit de ce que l’attitude de Gepetto, prêt à tous les sacrifices pour son fils, pouvait lui laisser penser. Né de la terre pour retourner à la mer, son parcours décrit une boucle, qui est finalement celle vécue par tout individu. Chaque spectateur se retrouve donc dans le personnage de Pinocchio, permettant à Comencini de transmettre avec d’autant plus d’efficacité la valeur centrale de son film, l’honnêteté en actes et en paroles, qui tend à se faire de plus en plus rare dans ce monde où règne la loi de l’argent.

Les Aventures de Pinocchio 1 © Les Acacias
© Les Acacias

En effet, derrière la naïveté et l’innocence apparentes se cache un regard tout sauf aseptisé porté par le cinéaste sur une société aux principes vacillants. Si Pinocchio, dans sa grande candeur, s’émerveille de la moindre chose qui l’entoure, Comencini ne présente aucunement une vision magnifiée du monde. Contrairement aux univers colorés et féériques montrés dans la plupart des dessins animés et des contes pour enfants au cinéma, la photographie est ici terne et grisâtre, à l’image de la misère dans laquelle vit Gepetto. Une pauvreté ambiante qui conditionne le quotidien des habitants du village, survivant tant bien que mal dans le froid de l’hiver. Ceci constituant sans doute l’une des leçons les plus difficilement assimilables pour un enfant n’ayant pas encore conscience de la réalité matérielle et du prix des choses. De plus, le réalisateur joue d’ironie pour démontrer à quel point ce monde va mal, alors que la fête foraine, seul décor festif du film, est en réalité le théâtre d’un macabre trafic d’enfants.

Mais finalement, c’est cette âpreté et cette brutalité qui rendent les aventures vécues par Pinocchio si touchantes, sa gaieté tendant à redonner des couleurs à ces paysages tristes.

Les Aventures de Pinocchio de Luigi Comencini, 1972, avec Andrea Balestri, Nino Manfredi, Gina Lollobrigida

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