John et Ella sont un couple de retraités qui vit paisiblement dans leur maison de la banlieue de Boston. Mais alors que les pertes de mémoire de John sont de plus en plus importantes, ils décident de partir une dernière fois en voyage à bord de leur camping-car nommé L’Échappée belle.

Quittant les routes et les paysages italiens parcourus par les deux héroïnes de Folles de joie, Paolo Virzì nous embarque avec L’Échappée belle dans un nouveau périple, cette fois-ci de l’autre côté de l’Atlantique. Un road-movie dont le postulat de départ peut à première vue sembler grotesque puisqu’on y suit la cavale de deux retraités à bord de leur énorme et crachotant camping-car, mais qui va se révéler aussi prenant qu’une chevauchée à moto à travers de grandes étendues désertiques. Exit donc les épopées américaines mythiques et les hymnes à la liberté sauvage, Virzì vise avant tout l’ordinaire pour mieux atteindre l’extraordinaire. Très inspiré en cela par Le Vieil homme et la mer, auquel John ne cesse de faire référence, le cinéaste nous prouve à travers cette histoire pittoresque qu’il n’y a pas d’âge pour s’élancer à l’improviste sur les routes et partir à l’aventure.

L'Échappée belle 4 © 2017 Concorde Filmverleih GmbH
© 2017 Concorde Filmverleih GmbH

L’influence d’Hemingway se retrouve également présente dans la réalisation de Virzì, qui semble reprendre à son compte les remarques faites par John sur le style de l’écrivain en partant de situations du quotidien pour en faire émerger une forme de poésie. Loin des plans spectaculaires auxquels nous ont habitués les road-movies, il déploie une mise en scène dans l’ensemble discrète qui ne cherche pas à iconiser ses personnages en nous les montrant seuls face à l’immensité du monde. Il choisit au contraire de rester proche de ses héros et de les inscrire constamment au sein de la vie qui les entoure, comme s’ils n’étaient qu’un couple de vacanciers comme un autre. Toutefois, comme le dit John, il ne faut pas confondre simplicité et banalité. En resserrant sa mise en scène et en réduisant les États et les paysages traversés à de simples faits anecdotiques, le cinéaste nous invite à focaliser notre attention sur ce que ressentent les personnages, réel cœur du récit. Une place centrale est donc accordée ici au jeu des acteurs, principale source d’émotions du film, nous rappelant que le grandiose d’une aventure ne réside pas dans la dangerosité des situations endurées mais dans l’écho qu’elles auront chez ceux qui la vivent. Le pari est risqué, mais il suffit de voir le visage de Donald Sutherland passer du rire aux larmes pour comprendre que tout autre effet de mise en scène aurait été superflu.

L'Échappée belle 3 © 2017 Concorde Filmverleih GmbH
© 2017 Concorde Filmverleih GmbH

Ainsi, c’est avec beaucoup de simplicité que Paolo Virzì parvient à atteindre et à nous faire ressentir toute la beauté mélancolique de ce voyage qui représente, pour Ella et John, l’espoir de retrouver l’esprit de leur jeunesse et de fuir un instant la mort qui se rapproche inexorablement pour l’un comme pour l’autre. Si lui perd la mémoire et est visiblement très fragile, les signes du temps qui passe sont aussi présents chez elle, malgré son maquillage et sa perruque. Là encore, le réalisateur continue à ancrer cette aventure dans une certaine normalité qui nous rappelle que ces personnages ne sont pas des héros invincibles. Dans cette idée, chaque moment de liberté est contrebalancé par les réminiscences des impératifs liés à leur condition physique et mentale (prise de médicaments, incontinence nocturne…), mais c’est cette authenticité qui rend justement à nos yeux leur périple si urgent et touchant. Face à la maladie grandissante, leur voyage prend l’aspect d’un dernier tour de piste durant lequel ils se remémorent les bons moments de leurs vies. Pourtant, en dépit de la gravité de ces thématiques, L’Échappée belle n’en reste pas moins une comédie qui réussit à nous faire rire de bout en bout, et ce, même dans des situations qui ne semblaient pas s’y prêter.

Avec ce film, Paolo Virzì signe donc un road-movie drôle, émouvant et simple (certes), mais qui n’a toutefois pas à rougir face aux classiques du genre.

L’Échappée belle de Paolo Virzì, 2017, avec Helen Mirren, Donald Sutherland

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