Privée de portable par sa mère, Agnese, jeune fille élevée dans un milieu catholique, décide de voler pour la première fois de sa vie. Elle sera rattrapée par Stefano qui travaille dans la boutique dérobée. Les deux jeunes gens vont par la suite être amenés à se rencontrer de nouveau et entre eux va se nouer un début de relation amoureuse, mais Agnese a fait le vœu de rester vierge jusqu’au mariage.

Si on lui rattache souvent une signification religieuse, la pureté va en réalité au-delà de ces considérations spirituelles, chaque personne pouvant se forger sa propre conception de ce mot. Pour Agnese qui a grandi au sein d’une communauté catholique pratiquante, cela renvoie au respect des enseignements de Dieu et ici à la promesse de chasteté qu’elle lui a faite. D’une autre manière, pour Stefano rester pur signifie travailler, gagner honnêtement sa vie pour ne pas tomber dans le mauvais chemin vers lequel le poussent ses amis et indirectement sa famille qui se repose financièrement sur lui. Ce que souhaite nous dire Roberto De Paolis, c’est que la pureté est avant tout affaire de morale personnelle et dépend des limites que l’on s’impose pour ne pas l’entacher. C’est d’ailleurs cette volonté partagée de respecter leurs valeurs qui va pousser Agnese et Stefano à se rapprocher l’un de l’autre, à se comprendre et à s’aimer, alors que rien ne semblait les prédestiner à cela. Qu’importe le milieu duquel nous sommes issus, préserver sa pureté demande de constants efforts face aux tentations du quotidien. Or, en grandissant les désirs évoluent, parfois à contresens des limites morales que l’on s’était fixé, comme le vit Agnese qui, en dépit des promesses faites à sa mère, commence à s’éveiller à l’autre sexe. Un conflit intérieur qui la poussera malgré elle à faire souffrir son entourage, illustrant le fait que, paradoxalement, la pureté peut faire du mal.

Coeurs purs 1 © Youngfilms
© Youngfilms

Coeurs purs s’inspire à ce sujet d’un fait divers décrivant comment une jeune fille a préféré accuser quelqu’un de viol plutôt que de révéler à ses proches qu’elle avait vécu sa première fois. Une authenticité première que De Paolis a tenu à restituer dans son film en faisant tout d’abord appel à des comédiens amateurs, puis en leur laissant une grande part d’improvisation dans leurs jeux et dans les mouvements de caméra. Nous sommes ainsi happés dès le premier plan par la mise en scène particulièrement vivante qui se déploie au plus près des personnages et épouse leurs gestes pour nous faire pénétrer dans leur espace d’intimité, derrière les barrières qu’ils ont élevé autour d’eux. C’est donc en tant que spectateur privilégié que nous assistons à la première expérience sexuelle d’Agnese au cours d’une scène saisissante de réalisme que nous observons avec la même pudeur respectueuse qui s’empare de nous lorsqu’on entre dans un lieu sacré.

Coeurs purs 4 © Youngfilms
© Youngfilms

Mais toute la puissance et la complexité du propos du réalisateur ne serait rien sans le regard qu’il porte sur les problèmes contemporains de l’Italie alors que l’histoire prend place dans un quartier de Rome où s’est constitué depuis peu un camp de migrants, instaurant un climat palpable de xénophobie. Une fracture sociale autour de laquelle se cristallise toute la haine des locaux, grandement touchés par le chômage. Or ces thématiques ne sont pas développées indépendamment de la trame principale du film et greffées artificiellement dessus. Elles en constituent au contraire un élément essentiel puisque le rapport à la pureté d’Agnese et Stefano est grandement influencé par leur environnement. Les valeurs morales de ce dernier sont ainsi particulièrement ébranlées lorsqu’il voit que les roms vivant en face de son parking, grâce aux aides qu’ils reçoivent, gagnent presque aussi bien leurs vies que lui qui touche un salaire de misère pour une tâche ingrate. Avec beaucoup de finesse, les deux axes du film se nourrissent l’un l’autre pour aboutir à un scénario solide et équilibré. Pour son premier long-métrage, Roberto De Paolis signe donc une œuvre poétique, forte et touchante, et s’impose comme un cinéaste prometteur à suivre de près.

Coeurs purs de Roberto De Paolis, 2017, avec Selena Caramazza, Simone Liberati

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