Alors qu’il vient de se séparer de son compagnon, de peur de fonder une famille avec lui, Paolo rencontre Mia, une jeune femme enceinte à la recherche du père de son enfant. Liés par une force inexplicable les deux amis s’élancent sur les routes italiennes, l’occasion pour eux de faire le point sur leurs vies et d’assumer enfin pleinement qui ils sont.

Perdu dans l’obscurité d’une boîte de nuit, Paolo observe avec distance les danseurs qui s’agitent sur la piste, gravitant en périphérie d’un monde dans lequel il ne semble pouvoir s’intégrer. Écrasé par les valeurs traditionnelles dominantes en Italie, le jeune homme ne s’estime pas capable de former une famille avec son compagnon, les poussant inévitablement à la rupture. Plutôt que de se battre et d’affronter le regard des autres, il préfère mener une existence en demie-teinte dans l’ennui de son travail quotidien. C’est alors qu’au cours d’une nouvelle errance nocturne, la silhouette d’une femme enceinte, au blouson frappé d’une Madone, se présente à ses yeux, telle une apparition sous les flashs stroboscopiques des néons. Sans le savoir, Paolo est en train de vivre un premier miracle dans sa quête d’acceptation de soi, lorsqu’hypnotisé par les mouvements de ce corps qui se dresse fièrement parmi les autres, il pénètre sur cette piste qu’il n’avait jusque-là pas osé fouler.

Il Padre d'Italia 1

Aux côtés de ces deux personnages, Fabio Mollo nous transporte dans un tourbillon de vitalité où souffle un vent de liberté, et c’est avec bonheur que nous voyons Paolo prendre confiance en lui jusqu’à oser crier au monde que oui, il a « baisé Mario !». Avant même que ne naisse l’enfant de Mia, nous assistons à la renaissance de cet homme réalisant qu’il est lui aussi capable d’être père en dépit ce que les carcans traditionnels ont tenté de lui faire croire. À travers le récit de cette libération, le cinéaste cherche à faire changer le regard de la société sur la communauté homosexuelle et surtout le regard que celle-ci porte sur elle-même. Mais dans sa volonté de faire bouger les lignes, le cinéaste ne se préoccupe pas que du thème de l’homoparentalité et aborde également la question des familles monoparentales notamment par le jugement que porte la mère de Mia sur sa fille qui s’apprête à élever son enfant seule. Au gré de ce périple, Mollo fait céder l’une après l’autre les barrières, démontant les schémas de pensée préconçus, pour finalement exposer au grand jour ce qui importe réellement dans les débats sur l’adoption ayant eu lieu ces dernières années, à savoir l’amour qu’un parent est prêt à donner à un enfant, qu’il soit biologiquement le sien ou non. C’est pourquoi le réalisateur choisit de centrer son histoire et sa mise en scène sur les personnages, et donc intrinsèquement la dimension humaine à laquelle il souhaite redonner sa juste place. Le contexte national (l’Italie reconnaît l’union civile homosexuelle depuis 2016 mais pas le mariage gay, l’adoption homoparentale fait encore débat…) n’est ainsi jamais mentionné, à peine une allusion lui est-il fait au détour d’une phrase. De plus, paradoxalement, alors qu’ils traversent l’Italie du Nord au Sud, le déplacement géographique se fait à peine sentir tant nous restons proches à chaque instant de Mia et de Paolo, manière de nous signifier là encore que cette primauté de l’humain devrait être la même partout, y compris par-delà les frontières italiennes.

Il Padre d'Italia 2

Se défendant d’avoir voulu faire un film politique, bien qu’il en reconnaisse volontiers les enjeux, Fabio Mollo a, avec Il Padre d’Italia, tenu à s’adresser aux hommes et aux femmes de sa génération, homosexuels ou non, pour leur dire que cette époque où certains n’osaient formuler leurs rêves de peur qu’ils ne se réalisent jamais est désormais révolue. À l’heure de la révolution génétique, les sociétés ne peuvent plus se fonder sur de grands principes biologiques immuables face auxquels les individus n’auraient pas le droit de s’exprimer. Et à tous ceux qui jugeraient encore l’homoparentalité contre nature, ce mot de Mia sonne comme la juste réponse : « La vie accomplit des miracles tous les jours. ». Avec simplicité et sincérité, Il Padre d’Italia s’impose comme une œuvre profondément en phase avec son époque, défendant des valeurs fondamentales pour la liberté et l’égalité de tous. Il ne reste plus qu’à espérer que ce film connaisse enfin la distribution et l’écho qu’il mérite, en France comme à travers le monde.

Il Padre d’Italia de Fabio Mollo, 2017, avec Luca Marinelli, Isabella Ragonese

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