Depuis plusieurs mois déjà, un nom est sur toutes les lèvres. Annoncé par le public et par la presse comme l’irrésistible bouffée d’oxygène qui nous fera revivre nos plus tendres et éphémères amours de jeunesse, Call me by your name est enfin sorti sur nos écrans cette semaine. L’occasion de vérifier si l’engouement suscité par le film est mérité ou s’il n’est qu’une agréable parenthèse dans le froid de ce début d’année que l’on aura aussitôt fait d’oublier dès le retour du beau temps.

Adaptation du roman éponyme d’André Aciman sorti en 2007, Call me by your name est le récit de l’histoire d’amour qui se noue au cours d’un été entre le jeune Elio et Oliver, un étudiant américain venu passer quelques semaines dans la maison familiale. Or, cette romance n’est pas la seule relation sentimentale tissée par le film, car avant même de nous attacher à ces deux personnages, c’est du cadre paradisiaque dans lequel se déroule l’action dont nous tombons amoureux. Comment ne pas se laisser séduire par cette vision onirique d’une Dolce vita mâtinée du charme rétro des années 90 ? Dans cette immense demeure que l’on nous dit située « quelque part dans le Nord de l’Italie », tout le monde est beau, riche, intelligent, cultivé, on y parle couramment quatre langues, mais aussi le grec et le latin, on y écoute de la musique classique au bord d’une piscine baignée de soleil avant de se lancer dans de grandes discussions portant sur l’archéologie et la philosophie, tandis que la bonne prépare de succulents repas en cuisine et que les pêcheurs du coin viennent gracieusement offrir leurs plus belles pièces. Le procédé est simple mais terriblement efficace. En nous présentant la carte postale idyllique dont chacun rêve, le réalisateur parvient sans peine à s’attirer notre sympathie et à nous placer sous les meilleurs auspices pour le reste du récit. Mais si l’on accepte de prendre du recul sur cette parenthèse enchantée, tout ceci apparait quelque peu surfait et révèle une certaine tendance de Call me by your name à être un peu trop conscient de lui-même et des effets qu’il produit sur le public, sombrant parfois dans le simple film de poses. Le scénario accumule ainsi, sans réellement les exploiter, les effets chics et intellos qui n’ont d’autre effet que de nous jeter toujours un peu plus de poudre aux yeux, comme ces dialogues où les personnages sautent d’une langue à l’autre sans le moindre effort d’adaptation. Tout cette mise en scène est certes extrêmement romantique et fonctionne indéniablement à merveille, mais force est de lui reconnaître également un caractère assez artificiel.

Call me by your name 4 © 2017 - Sony Pictures Classics
© 2017 – Sony Pictures Classics

Fort heureusement, si l’on peut lui reprocher une certaine facilité, Call me by your name ne se contente pas uniquement d’être une jolie coquille vide. Une fois détaché de ces scènes d’exposition, Luca Guadagnino fait progressivement grandir la tension sexuelle entre Elio et Oliver à travers une série d’instants fugitifs puissamment empreints d’érotisme au cours desquels les corps se frôlent et se touchent. De réels moments de sensualité doublés d’un jeu sur le contact avec les matières minérales et organiques, grâce auquel une action aussi quotidienne que le cassage d’un œuf au petit-déjeuner devient une invitation muette au plaisir des sens. Scènes qui apportent par ailleurs une justification bienvenue (sans être totalement convaincante) à la nature idyllique qui environne les personnages ; l’ombre, l’eau et le soleil exaltant constamment le désir physique en sublimant les corps. Cette montée en tension délicatement menée trouvant son apothéose lors de scènes d’amour qui, loin du romantisme aseptisé habituel, restituent parfaitement dans leur maladresse et leur précipitation le caractère inévitablement hésitant du premier amour où l’on ne sait pas encore comment s’y prendre. Il s’en dégage ainsi une touchante authenticité, principalement dûe à l’alchimie entre Armie Hammer et le surprenant Timothée Chalamet, qui derrière la spontanéité juvénile de son personnage, fait preuve d’une finesse de jeu déconcertante.

Call me by your name 3 © 2017 - Sony Pictures Classics
© 2017 – Sony Pictures Classics

Mais là où, à partir d’une telle situation, la plupart des films aurait posé la question de l’orientation sexuelle d’Elio et de ses conséquences sur sa vie sociale et familiale, Call me by your name a l’intelligence de se placer au-delà de ces considérations. Le film de Luca Guadagnino ne traite pas de l’homosexualité mais bien plus largement de la sexualité au sens de la découverte de son corps et des plaisirs qu’il peut éprouver. Avec tendresse et poésie, il évoque les expériences intimes de jeunesse qui visent à exalter et à révéler l’essence profonde des choses par le contact physique, telle cette scène de masturbation, aussi délicate que troublante, qui restera à coup sûr dans la mémoire de nombreux spectateurs. Pétri de lyrisme, le film nous pousse même dans ses plus beaux moments à la parabole métaphysique pour donner à l’acte sexuel la conception sublime du rassemblement de deux corps en une seule entité. En effet, dans sa soif de sensations, et poussé par son amour dévorant, le jeune et frêle Elio semble vouloir posséder au sens propre comme au figuré le corps solide de l’américain. Une ultime preuve de romantisme rendue par Oliver, qui demande à son amant, dans un instant intime suspendu hors du temps, de l’appeler par son nom.

Call me by your name de Luca Guadagnino, 2018, avec Timothée Chalamet, Armie Hammer, Michael Stuhlbarg, Amira Casar

Sortie le 28 février 2018

Un commentaire sur « CALL ME BY YOUR NAME – « Le piège de la Dolce vita » »

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